Le carnet
des mots & des histoires

La place qu'on donne aux choses

le 20 Janvier 2019
publié dans Humeurs

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C’était bientôt la rentrée de Janvier après les fêtes, un vendredi en fin d’après-midi, quand j’ai décidé sur un coup de tête de faire un grand rangement. Je n’ai pas décidé, non. On dirait que quelque chose a décidé pour moi. Je voulais jeter un œil à un papier et je me suis vue sortir un premier dossier, puis un deuxième, puis un troisième du meuble gris. Ce petit meuble, c’est le type de meuble réservé aux affaires les moins excitantes de notre vie. Factures, relevés bancaires, papiers qu’on doit garder alors qu’ils ne nous intéressent absolument pas, et papiers qu’on garde parce qu’on n’a pas le courage de décider.

Au fil de la soirée, des pochettes se vidaient, des emplacements apparaissaient et c’est là que quelque chose m’a percutée. Je pensais à plein de choses. Au passé, à ce qu’on en fait, à ce qu’on garde, à ce qu’on laisse de côté, à la vie, aux choix, à la poussière qui se dépose sur le plus important, aux petites ou grandes places qu’on accorde aux choses, par habitude, par obligation, par obligation qu’on s’impose.

Qu’est-ce qui est essentiel, qui raconte quelque chose du chemin? De quoi je peux me séparer ? Qu’est-ce qui pèse lourd et n’est plus utile aujourd’hui ? Qu’est-ce que j’ai envie de mettre en avant, qu’est-ce qui compte aujourd’hui ? Depuis bientôt 10 ans, le dossier études était tout devant, récemment j’y avais glissé mon diplôme. Pour la première fois en ce tout début d’année, j’ai placé ce dossier à l’arrière quand je suis retombée sur le contrat signé avec une édition de presse pour un article il y a plusieurs années. Je me suis souvenue soudainement que j’en étais tellement fière quand je l’avais signé mais que je ne m’étais pas autorisée à lui accorder une pochette entière pour lui tout seul. Alors j’avais rangé le contrat un peu au fond. Ce soir de rangement, je l’ai placé là où il aurait dû être depuis le début, parce que c’est là où j’aurais voulu qu’il soit depuis le début. Tout devant. C’était comme me donner le droit de lui accorder enfin la place que je voulais.

Réfléchir l’ordre des choses, c’était comme remettre les priorités. Ce n’était plus juste du rangement. C’était une plongée introspective. En même temps que je classais, découpais, relisais, c’est à tout ça que je pensais. A ce petit meuble gris comme le miroir de la place qu’on donne aux choses, parfois trop, parfois trop peu.

J’ai réalisé que je pouvais tout ranger comme j’en avais envie, que tout pouvait changer de place, tout le temps, maintenant, demain, dans six mois. Que rien n’était figé. J’ai réalisé qu’il n’y a pas de règle, pas d’ordre de classement pour les choses, il n’y a que celui qui nous fait du bien, qui a du sens pour nous, qui nous permet d’avancer. Après huit heures de tris et trois sacs poubelles, j’ai réalisé que changer l’ordre des choses et garder l’essentiel, dans ce petit meuble, c’était comme me permettre d’aller vers mon essentiel.